La Tour défiée
Des cercueils déposés au pied de la Tour Eiffel, comme l’annonce de l’hécatombe la plus probable, et le deuil promis à ceux qui osent défier le tsar.
Il y a tout cela dans le geste que jouent ces ombres affairées déchargeant des cercueils aux couleurs françaises dans un Paris qui dort encore. Un défi à la France, à son président, aux soutiens de l’Ukraine. (…)
Pologne, l’absolution heureuse
Ubu n’est plus, et la Pologne à nouveau quelque part. En Europe, pleinement, heureusement, revenue de ses dérives, pardonnée, absoute même de ses péchés, ce qui lui ouvre la porte aux milliards européens et la sort de l’infamante liste des démocraties illibérales. (…)
Paris, déjà en or
En attendant la joie des athlètes et la fureur des stades, le peuple pleure, renâcle, et rouspète. Rien d’étonnant au pays du gaulois réfractaire. Mais là, l’événement planétaire est une opportunité trop belle pour que les Français le zappe et l’épargne, et les JO deviennent le réceptacle de toutes les colères et de toutes les frustrations, le précipité de ce qui fait la France d’aujourd’hui. La médaille d’or du pessimisme, Paris l’a déjà gagnée…
Le génie de la bouteille
Il fut un homme d’affaires brillant. Puis, une star de la télévision. Enfin, un héros victime de l’injustice des hommes. Et toujours, un génie. Tel est le récit. Pour 2024, Donald Trump s’est choisi un nouveau costume, plus ample, plus audacieux encore. Plus étonnant aussi. Il est Al Capone, le mafieux de Brooklyn épinglé pour avoir fraudé le fisc. Ce n’est pas moi qui le dit, animé par la seule méchanceté de qui ne partagerait pas ses idées, dénigrant trop grossièrement le candidat qui dérange. Non, il est Al Capone, il le revendique, il le clame, il le cite comme la figure la plus accomplie de la réussite à l’américaine. (…)
La tentation de Yalta
Il fut l’ami à l’écoute bienveillante. Puis, le camarade délaissé dont on n’a plus besoin. Enfin, le va-t-en-guerre, prêt à se bagarrer. Mais le polyamour a des raisons que la raison ignore. Et c’est ainsi qu’Emmanuel Macron ouvre à nouveau son cœur à Vladimir Poutine en disant qu’il pourrait, pourquoi pas, participer au G20 de l’automne, s’il y avait consensus des membres. Le criminel de guerre recherché par tant d’États viendrait s’assoir tranquillement à la table d’honneur comme si rien ne s’était passé. Il n’est pas facile de décrypter les sentiments, et la politique, du président français, dont on ne sait jamais ce qui l’anime, l’envie de bien faire ou de bien parler. (…)
Le blanc n’est pas une couleur
L’homme en blanc a surpris ses ouailles. Analysant la situation militaire, de loin, et du haut du piédestal moral où l’Histoire l’a installé, il a décrété que les Ukrainiens avaient perdu la guerre. Qu’il n’y avait aucun sens à vouloir libérer à tout prix les territoires conquis par les Russes. Mieux valait se rendre, accepter le sort des armes, et faire allégeance au vainqueur. Hisser le drapeau blanc. Dans sa tombe, Jean-Paul a dû s’ébrouer, écoutant les propos d’un François peu amène envers cet Est décidément incompris …
Esprit, es-tu là ?
L’esprit de Munich. La formule traîne derrière elle les effluves de la compromission, de la dérobade, et de la défaite aussi. Munich, là où, en septembre 1938, la France et l’Angleterre accordent à Hitler le droit d’envahir les Sudètes, en Tchécoslovaquie, croyant obtenir en échange la paix. Et l’on revoit parfois les images historiques de l’INA, filmant le président du Conseil français Édouard Daladier, de retour à l’aéroport du Bourget, acclamé par la foule qui se croit tirée d’affaire. « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre", selon les propos prêtés à Winston Churchill. Et la guerre fut …
La belle et la bête
Et si c’était une femme qui allait faire trébucher Donald Trump dans sa course vers la présidence ? Les fans de l’homme agité jugent le danger si réel qu’ils la maudissent déjà, lui inventent des légendes abracadabrantes, la couvrent d’insultes et d’invectives. Elle n’a encore rien dit, ils frémissent déjà. La chanteuse pop est si populaire, si influente qu’elle a les moyens de faire gagner Biden et de terrasser Trump. Un mot d’elle et l’Amérique bascule. Taylor Swift est cette déesse dont on attend l’oracle…
Ukraine, le temps suspendu
On ne sait pas exactement ce qui se passe là-bas, sur le terrain. Les cartes aériennes dessinent un front immobile. Les reporters nous rapportent des images et des témoignages précieux mais qui ne peuvent pas nous donner la vision générale du conflit. Le front figé à l’Est induit l’idée qu’il ne se passe plus rien de décisif, et témoignerait, osent certains, de la faiblesse insigne des Ukrainiens. De l’arrêt de l’offensive à la reculade, et à la défaite, il n’y a qu’un pas que trop d’observateurs franchissent allègrement, soudain frémissants, après avoir été furieusement exaltés …
Le Diable et le bon Dieu
Il passe pour le Diable. Il s’en amuse d’ailleurs, n’hésitant jamais à nourrir la caricature, à forcer le trait, à tenter la grimace ultime, car il sait que ses partisans en raffolent. Mais l’ange déchu ose un nouveau rôle. Dieu aurait envoyé Trump sur terre pour sauver le pays, révèle-t-il, gravement, dans un clip de campagne …
IA, la force obscure
Le géant rapiécé, cabossé, mais vivace, traverse la plaine de Plainpalais à Genève, grimpe sur le Salève, court le monde, tue et détruit. La créature du Dr Frankenstein a échappé à son créateur. L’intelligence artificielle est un peu notre Frankenstein à nous, s’aventurant sur des terres inconnues, suscitant l’effroi tant sa puissance semble démesurée …
Le dieu absent
Il avait dit qu’il serait Jupiter, observant de haut l’agitation des hommes, et qu’il se poserait là comme une instance morale suprême, plus à même de juger nos faits d’arme, et nos péchés. Depuis, il ne cesse de descendre sur terre et d’apparaître partout où le vent de l’actualité le pousse. Mais dimanche, le président n’était pas là. Les Français, oui …
“Oui, mais …”, l’hésitation coupable
Le « mais… » s’est insinué si vite. Partout. Il a couru les réseaux sociaux, les tribunes, les lettres ouvertes, les plateaux de télévision et de radio, let même les appels les plus nobles. Il sidère.
Les mots ont un poids. Et ce n’est pas parce que le « mais » est tout petit, pose une réserve à peine esquissée, suspend la parole sur un non-dit, qu’il est négligeable. Ce « mais » là est lourd d’ambiguïté. Il indispose, il met mal à l’aise, il révulse. Il sonne comme une hésitation coupable …
L’avenir n’est jamais certain
C’est une bonne nouvelle. Rare et peu commentée encore, tant le terrorisme, l’horreur et la guerre recouvrent le monde d’une clameur sourde. Et surprenante aussi, car les sondages annonçaient une nouvelle victoire du parti nationaliste ultra-conservateur Droit et Justice (PiS). Dimanche, les Polonais ont donné la majorité à une coalition d’opposition conduite par l’ancien dirigeant européen Donald Tusk. Une opposition clairement pro-européenne, progressiste, décidée à rétablir le droit à l’avortement et l’indépendance de la justice. La Pologne, c’est-à-dire quelque part. A nouveau en Europe.
M le Modi
On l’aime, on le courtise, on l’invite, il est reçu, ici et là, dans les capitales du monde et les palais présidentiels. On l’accueille chaleureusement, on sait que chez lui, il se montre autoritaire, cynique parfois, nationaliste toujours …
You talkin’ to me ?
La photo dit qu’il bouillonne de colère. Qu’il a la haine. Et aussi, qu’il est prêt à en découdre. Avec les juges, avec les républicains, avec les démocrates, avec l’Amérique, avec le monde entier. Il les défie tous. « You talkin' to me ?». Et la photo le dit si bien qu’il l’a diffusée aussitôt, et érigée en portrait de campagne. Rien à voir avec les clichés austères, neutres, grisouilles et moches des malfrats. Lui, il a su poser, et ce n’est pas l’effroi du cachot qui le chagrine. Trump a fait d’un moment honteux, saisi dans une prison d’Atlanta, un événement avantageux et profitable. …
Une amitié “sans limites“
Ce n’est pas de l’amour. Mais un sentiment tout aussi fort. A quelques heures de l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, le 4 février 2022, Poutine et Xi se font des mamours infinis, se promettent des choses éternelles, s’entendent comme larrons en foire.
Poutine projette son « opération spéciale » en Ukraine. Il obtient le feu vert de son ami. Il ne perturbera pas les jeux, c’est entendu. Il attendra la fin de la fête.
Une année et demie plus tard, où en est-on ?
L’INVENTION D’UNE NATION
Guillaume Tell hantait la première édition de ce livre. Le héros à l’arbalète disait beaucoup, me semblait-il, de la Suisse telle qu’elle veut apparaître : le souci jaloux de l’indépendance, la volonté farouche de n’avoir rien à redevoir au monde, un orgueil certain. Le défi de la pomme se voulait un test de précision, un tir à l’arc audacieux certes, mais à distance raisonnable. Une épreuve, pas si risquée au fond. Il y avait là déjà une réserve, un avant-goût de l’âme ramassée.
Lupa n’est pas Dieu
Le 13 février 2010, la comédienne Joanna Szczepkowska fit scandale à la première de la pièce « Persona: Simone’s Body » de Krystian Lupa. Sur la scène du Théâtre dramatique de Varsovie, elle montra soudain ses fesses au public, ce qui surprit, car ce n’était pas prévu au script. La vengeance du maître fut terrible, à la hauteur du sacrilège. « Je vais te détruire ! », lui jeta-t-il, lui promettant une mort artistique assurée …
Photo de groupe au château Mimi
La photo s’étire en largeur. C’est qu’ils sont nombreux les participants à la Communauté politique européenne, la CPE. Sur l’estrade, il y a les membres de l’Union européenne, les candidats, les non-candidats, et tous les autres, quémandeurs impatients, que l’on a invités en amis. Il y a la Suisse aussi. L’Europe quoi. Ils ont l’air heureux, mais ils ne se serrent pas les uns contre les autres comme nous le faisons instinctivement quand nous prenons une photo de groupe, et qu’il faut bien capter tout le monde. Là, au château Mimi, près de Chisinau en Moldavie, ils ont préféré le grand angle à l’intimité. Une manière d’afficher leur unité, tout en préservant le quant-à-soi …