Carney, l’homme qui dit non
On louvoie, on hésite, on atermoie. Au pire, on courbe l’échine. Lui, dit non au méchant. Tout simplement, et ce refus devient soudain spectaculaire tant le monde n’est plus habitué à résister. Comme s’il avait perdu la faculté de s’insurger, comme s’il était devenu définitivement disciple de Vénus plutôt que de Mars pour reprendre l’expression du politologue américain Robert Kagan stigmatisant l’Europe face aux États-Unis. (…)
L’habit ne fait pas le soldat
Il a troqué le costume de ville pour un treillis gris-vert mal ajusté, prêt d’un jour. Un QG de campagne qui ressemble plus à un studio de l’ère soviétique qu’à une ligne de front, et voici que Vladimir Poutine s’avance dans ce décor de guerre, trop apprêté pour être vrai. Il faut croire que l’heure est grave pour que le président se présente ainsi en militaire, comme si l’habit devait sublimer le moment et assurer l’aura du chef des armées.
L’inversion de la peur
Nous allons vous ramener à l’âge de la pierre ! Nous allons détruire votre civilisation ! Y a-t-il menace plus terrifiante lorsque c’est le président d’une puissance aux moyens incommensurables qui la profère ? Quoi de plus terrible, de plus insensé ? Donald Trump annonce le feu du ciel et l’enfer sur terre. De tous temps, on aurait tremblé. On a tremblé. Aujourd’hui, on ne tremble plus. L’Amérique faisait peur. Elle ne le fait plus.
Zeus rend fou celui qu’il veut perdre
Oui, il est fou. Pas dingue ou foutraque qui disent la folie enchantée, le talent pur ou le génie. Non, la maladie dans ce qu’elle a d’absolu et de terrible. L’affirmer vous expose immédiatement au soupçon que vous êtes incapable de discerner la stratégie que conduirait Donald Trump. Et on ne peut pas reprocher aux commentateurs de la géopolitique de redoubler d’efforts, jour après jour, pour déceler, ici, la cohérence cachée, ou expliquer, là, doctement le plan maléfique. Je l’ai fait aussi. Je devine donc j’existe.
Ma cassette, ma cassette, où courir, où ne pas courir !
Ce serait l’âge d’or. Il l’avait proclamé. La promesse d’une ère nouvelle, et nous avions aussitôt pensé à tous les mythes de l’Histoire, à l’avènement sur terre d’un prodige peu souvent renouvelé, mais qui pouvait là, en Amérique, grâce à un président inspiré, se réaliser, et propager une lumière aveuglante sur le monde. Il n’y aurait qu’à s’émerveiller devant le spectacle magnifique d’une Amérique prospère, riche, heureuse, attirant à Washington tous les rois mages de la planète. (…)
Les lettres pour le dire
Il manque une lettre mais il n’y a pas de doute sur le sigle. CCCP en cyrilliques capitales. CCCP, c’est-à-dire URSS dans une sonorité qui nous est plus familière. Ce n’est pas banal de voir le russe Sergueï Lavrov se rendre à une réunion dédiée à la paix, affichant le sigle de l’empire soviétique de sinistre mémoire comme s’il s’agissait d’un banal sweat de sport floqué d’un logo universitaire, symbole de camaraderie et d’excellence. (…)
Le malentendu
« Fonce, sur un malentendu, ça peut marcher ! » On ne peut s’empêcher de penser à la réplique burlesque de Michel Blanc dans les Bronzés quand on nous annonce que le contrat d’achat des F-35 a été mal interprété et qu’il ne va pas en coûté 6 milliards mais au moins un milliard de plus. (…)
Le temps des voyous
Il est soupçonné de proxénétisme, il est accusé d’abus de faiblesse. Il a fricoté avec la pègre, joué des poings avec les hooligans, exhibé ses tatouages belliqueux. Il sniffe, aux yeux de tout le monde, une mystérieuse substance qui donne de l’énergie dans les débats publics. Voilà Karol Nawrocki propulsé président de la Pologne. (…)
Un seul à seul en scène
Ce sera le signe que l’Esprit Saint existe. Ou alors, la preuve que le monde demeure sans foi ni loi. L’avenir le dira. Mais le moment, lui, a été capté, et il restera. Deux hommes puissants courbés l’un vers l’autre derrière un pilier de la basilique Saint-Pierre, touchés par la grâce, dans la posture de recueillement que le lieu impose. Ils se confessent sans que l’on sache qui est le pénitent qui le confesseur, simplement l’un est connu pour avoir commis plus de péchés que l’autre.
Kourkov, la vie empêchée
Journal de guerre. Je m’attendais au bruit et à la fureur, à des cris aigus et des pleurs. Je lisais guerre plus que journal et j’aurais dû me douter que le récit serait autre, plus divers, plus proche du cœur des hommes, puisqu’Andreï Kourkov a déjà livré un premier tome de son journal.
Ubu roi en Amérique
Il occupe la scène comme un acteur infatigable. Les épisodes se succèdent, plus extraordinaires les uns que les autres. On tremble de Panama au Groenland, du Canada en Ukraine. Ivre de lui-même, Ubu roi redessine les frontières, adoube les forts, menace les faibles.
Melania, le baiser manqué
On ne voyait que ça, un chapeau à large bord, et on se disait qu’elle l’avait porté pour se distinguer, et ça fonctionnait. Mais quand son mari de président s’est approché, le chapeau de Melania a pris une autre dimension. Le couvre-chef faisait garde-frontière.
Pologne, la revanche de l’Histoire
Peu savait où situer le pays sur la carte. C’était loin. Il y avait un Mur aveugle, frontière cruelle entre le monde libre, ici, et là-bas. Il fallait s’approcher autrefois du Mur, à Berlin, pour prendre l’exacte mesure du scandale, et ressentir l’énorme injustice qui avait condamné des peuples à vivre sous le joug soviétique. Territoire perdu dont un dramaturge facétieux avait pu dire que ce n’était nulle part.
Vous avez aimé Yalta? Vous n’aimerez pas Yalta 2
Trump et Zelensky sont côte à côte, ou presque. Le président français s’intercale, mêle-tout de talent. Notre-Dame, ressuscitée, a induit des effets inattendus samedi à Paris. Sûr, Victor Hugo aurait écrit une suite. (…)
L’âge d’or, vraiment ?
La promesse surgit au petit matin du 6 novembre à Mar-a-Lago. Dans son fief golfeux, Donald Trump qui a déjà tout promis, promet encore plus : un monde de luxe, de calme et de volupté, la richesse, l’âge d’or. J’ai aussitôt pensé au tableau d’Ingres, une assemblée de femmes et d’hommes jeunes et beaux, baignant dans une ambiance éthérée, un peu rêveurs, nus ». Mais, à bien regarder, ils ne semblent pas heureux, je dirais plutôt qu’ils ont l’air hébétés, absents, otages d’un peintre malicieux. (…)
Trump/Kamala, un roman américain
Ne dit-on pas que pour gagner une élection, il faut être prêt à tuer, verser le sang, terrasser l’adversaire, jouer, ou être, le méchant ? Je suis tombé sur l’analyse d’un columnist du New York Times, David Brooks, qui a eu l’excellente idée d’interroger les scénaristes et les romanciers sur leur vision de la campagne présidentielle.
Musk attaks! L’ultime folie
Les petits hommes verts ont du souci à se faire. Les Terriens aussi. Le milliardaire a décidé de conquérir la planète Mars et de la coloniser. On devrait se réjouir que le milliardaire s’intéresse à l’infini et au-delà plutôt qu’au destin de Donald Trump qu’il finance à coup de millions et dont il partage les errements.
Bizarre, vous avez dit bizarre?
Vaut-il mieux être fou que bizarre ? C’est Tim Walz, choisi colistier par Kamala Harris, qui a trouvé le mot juste : « Ils sont weird ces gars-là ». Il était invité au « Morning Joe » sur MSNBC, à parler du couple Trump/Vance, et on s’attendait à la litanie habituelle des qualificatifs désobligeants, mais qui vous viennent naturellement à l’esprit quand on évoque l’histrion et son nouveau compère. (…)
Kamala, l’entrée en scène
Le vieil homme, désormais c’est lui. Qui se voit encore fringant, plein d’énergie et d’allant, béni des dieux, mais radoteur impénitent, perdant le fil, racontant des histoires à dormir debout, des histoires du passé où il aurait conduit de grandes affaires et résisté aux pires méchants. La star, c’est elle. Femme de l’ombre qui prend soudain la lumière, enfant d’émigrés, venue de l’ouest californien, déroulant un autre récit, surprenant, un destin, tel que l’Amérique les aime. (…)
Le bruit et la fureur
Il injurie le vieil homme, l’accable de remarques désobligeantes, le couvre de quolibets. Il est désagréable, méchant, irrespectueux. Il blesse. Il ment, tout le monde en convient, mais il gonfle le torse, donne des coups de menton, et fait la moue. Il veut redevenir président des États-Unis. Cela plaît. Les téléspectateurs applaudissent. (…)