CICR, un emblème numérique

C’est un nouveau défi auquel le CICR est confronté. Que faire quand la guerre migre dans le cyberespace, pirate les réseaux, pille les données les plus sensibles, et ne s’arrête pas aux portes de l’action humanitaire ? La question n’est pas théorique puisque l’organisation a déjà été victime d’un vol de données personnelles en 2022. Et le risque de voir son action entravée par la malveillance de belligérants sans scrupules est réel. Aujourd’hui, le CICR s’appuie sur les systèmes numériques pour coordonner les opérations d’aide, gérer les fichiers, organiser les soins, assurer le suivi des prisonniers.

Le défi est immense. Il a été relevé. Le projet qui en résulte tient à la fois de la technologie, du droit, du design et de la diplomatie internationale. La Suisse s’y implique en soutenant l’initiative. Le rouge et blanc à la notoriété universelle va se traduire par des zéros et des un. Un prototype appelé « Emblème numérique authentique » a été mis au point par l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Une signature cryptographique en guise de nouveau signe distinctif à même d’arrêter les hackers, du moins à les rendre conscients qu’ils sont susceptibles de provoquer des souffrances, des blessures, voire des morts. Un drapeau n’empêche pas de manière absolue qu’un missile soit lancé sur un hôpital ou une ambulance, mais celui qui le déclenche et en prend la décision ne peut pas se défausser ni ignorer qu’il agit en dehors du droit de la guerre.

On espère que le drapeau numérique aura le même effet. La guerre sur internet ne peut être exemptée du droit international, elle ne peut se soustraire aux Conventions de Genève. L’emblème sonnera comme une alerte.

Un projet complexe

La démarche peut sembler naturelle, évidente, elle est complexe. Désormais mis en œuvre, l’emblème doit encore faire ses preuves. Bénéficier de l’adhésion de tous les gouvernements, se faire connaître de tous les belligérants de la planète, des militaires, imprégner les systèmes informatiques de tous les acteurs de l’humanitaire. Lors de la présentation officielle de l’emblème en juillet dernier, Pierre Krähenbühl, directeur général du CICR, relevait l’ambition du projet : « Il n'y a actuellement aucun panneau numérique universellement reconnu alertant ceux qui planifient ou mènent des cyber opérations que les réseaux, les serveurs ou les services numériques liés à des activités médicales ou humanitaires sont protégés par le droit international humanitaire ». Une lacune qui ne pouvait être ignorée à l’heure où une grande partie de l’activité humaine, dont la guerre, dépend du numérique.

« Dans les conflits armés contemporains, dit encore Pierre Krähenbühl, où les cyber opérations ne relèvent plus de l’hypothèse mais sont une réalité, ces systèmes peuvent eux-mêmes être exposés à des perturbations, à des manipulations ou à des attaques ».

C’est une nouvelle ère pour le droit humanitaire qui s’est ouverte et à laquelle doivent faire face toutes les organisations internationales. Plusieurs d’entre-elles ont contribué au projet. Ce qui est nouveau ici, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de garantir la sécurité des données sur le seul plan technique mais de concrétiser le droit international sur les réseaux. Cette croix rouge et blanc que l’on s’est habitué à voir flotter sur tous les terrains du monde sera bientôt doublé d’un symbole numérique. Il actera que le droit international est aussi présent sur les fronts numériques et que l’on ne le viole pas impunément.

ACd

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