L’illibéralisme, poison mortel pour la démocratie

Une contribution de Léo Kaneman

Notre démocratie libérale est menacée. Un système politique qui permet aux citoyens d’exercer leur pouvoir, qui favorise leur participation active à la prise de décision et dont les origines remontent à l’Antiquité. Dès sa naissance, l’État de droit a toujours été attaqué par les régimes autoritaires et les dictatures. Et si la notion de démocratie libérale progresse pendant le siècle des Lumières, aujourd’hui, cet acquis est bel et bien en danger.

Un vent mauvais souffle sur nos sociétés, un mal qui vient de l’intérieur. La démocratie illibérale progresse. elle représente un danger mortel pour nos démocraties et pour la défense des droits humains. Les adeptes de ce système se sont imposés dans plusieurs États.

Comment résister à ce fléau ?

Les partisans de l’illibéralisme gagnent les élections. Mais ils arguent de leur majorité électorale pour revendiquer tout le pouvoir. Ils jugent ainsi avoir toute légitimité à contester l’État de droit et les contre-pouvoirs, ils remettent en cause les libertés fondamentales, les droits des femmes, ils stigmatisent les étrangers, ils n’hésitent pas à hystériser le débat public.

La crise migratoire, par exemple, est un marqueur. D’un côté, les démocrates et les défenseurs des droits humains qui prônent l’accueil et, de l’autre, les nationaux populistes qui invoquent le danger d’un « grand remplacement ». Zemmour a rêvé de le supprimer.Trump l’a fait. Il est passé à l’acte! En expulsant de force des milliers de migrants qui avaient trouvé aux États-Unis un emploi et un peu de dignité, le nouveau président a mis fin à leur intégration et s’est érigé en modèle pour tout politicien autoritaire.

A l’inverse, les partisans de l’accueil et de l’ouverture, mettent en avant les nécessités économiques, trouvent des solutions, à l’exemple d’Angela Merkel qui a accueilli plus d’un million d’exilés. De son côté, la réaliste Giorgia Meloni, pourtant classée d’extrême droite, a régularisé 500 000 travailleurs étrangers.

L’illibéralisme s’est affirmé dès les premières déclarations de Trump par le rejet de la recherche scientifique et universitaire, le refus de l’immigration et la négation des droits des minorités sexuelles. Il affiche son mépris des normes et des institutions internationales, il rejette le multilatéralisme.

L’exemple le plus préoccupant de cette nouvelle donne, ce sont les sanctions décidées par Trump contre les magistrats de la Cour pénale internationale. Ce faisant, le président américain attaque l’État de droit international.

Si les démocraties européennes ne protègent pas leurs propres institutions, elles seront très vulnérables. Aussi la fragilisation de l’Amérique est-elle un signal d’alerte. Il suffit de regarder du côté de la Hongrie, de la Tchéquie et de l’Argentine. Le danger d’une société illibérale nous guette, comme en France, en Roumanie, en Italie et dans bien d’autres pays.

Et cela même si les analyses les plus lucides, les plus pertinentes sont souvent rejetées ou relativisées, le danger minimisé. Le géopoliticien Dominique Moïsi, évoque parfois une logique d’ordre psychologique et irrationnelle. Par exemple, « l’esprit de vengeance qui caractérise Trump et la peur qu’il suscite ».

Face aux dangers du populisme, nous devons défendre un libéralisme populaire et non populiste, proposer une politique fidèle aux principes de l’universalisme.

Face à la pensée illibérale, opposons-lui l’écoute sociale, mais aussi la culture, le cinéma, la littérature, les arts vivants, et la défense des droits humains. Les artistes soucieux d’engagement politique et toujours épris de liberté sont en première ligne pour défendre les valeurs démocratiques. Conférences et débats publics peuvent également contribuer à la prise de conscience. Nous avons besoin d’un nouveau narratif pour lutter contre l’autoritarisme.

Reste-t-il une lueur d’espoir ? « Toute défaite, a dit le philosophe Jean Baudrillard, est réversible en son double ; son contraire s’accommode et devient à son tour réalité ». C’est peut-être ce qui naît aujourd’hui aux États-Unis. On a cru les trumpistes à jamais imbattables, et un inconnu, Zohran Mamdani, qui s’affirme socialiste, est élu maire de New York.

Annonce-t-il une victoire de l’opposition démocrate aux élections de mi-mandat ? On en prend le pari !

Léo Kaneman

Fondateur du FIFDH, Partenaire de "La semaine des droits humains" de l’UNIGE, Président de « Carte Blanche aux droits Humains »

Ce texte est une version adaptée d'une conférence qui a été prononcée à l'ouverture de la Semaine des droits humains à l'Université de Genève, en novembre 2025.

Suivant
Suivant

Pologne, le couloir du temps