Ma cassette, ma cassette, où courir, où ne pas courir !

Ce serait l’âge d’or. Il l’avait proclamé. La promesse d’une ère nouvelle, et nous avions aussitôt pensé à tous les mythes de l’Histoire, à l’avènement sur terre d’un prodige peu souvent renouvelé, mais qui pouvait là, en Amérique, grâce à un président inspiré, se réaliser, et propager une lumière aveuglante sur le monde. Il n’y aurait qu’à s’émerveiller devant le spectacle magnifique d’une Amérique prospère, riche, heureuse, attirant à Washington tous les rois mages de la planète.

On se souvient du discours triomphal de Donald Trump, en novembre 2024. Élu, il exultait.

Formidable malentendu. L’or coule à flots, mais ne ruisselle pas partout. Il arrose le président, les siens, sa maison. Le Bureau ovale est la nouvelle « domus aurea » de l’empereur. Sa fortune a doublé. Sa famille négocie des contrats fructueux. Ses soutiens s’enrichissent.

De l’or et j’oublie tout. Les Suisses ont mis plus de temps que les autres à comprendre, ce qui est bien naturel, et tout à leur honneur, tant la démarche pouvait sembler improbable. On n’achète pas un président. Normalement pas. Les mages suisses ont fait le voyage, les mains pleines d’offrandes qui prouvent qu’ils ont appris la langue du pouvoir. Un lingot d’or, gravé, une montre Rolex, robuste, en or aussi, peu de choses si l’on songe au Boeing offert par les Quataris, mais des présents qui brillent. Observez la cérémonie du don. Le président frétille, son corps tremble, son visage s’allume, ses mains s’agitent, une excitation s’empare de lui, de belles paroles s’échappent de lui, presque malgré lui, il et il décide aussitôt de mettre fin aux taxes punitives. Il n’est plus président, il n’est plus le censeur redoutable, l’homme par qui le pire arrive, il est un roi comblé que l’offrande a mis en joie. Il pardonne, il jouit. Trump le terrible est un ange ailé. Oubliés les 39%.

Pas d’or en revanche pour les Américains, pas même de la poussière d’or, eux qui subissent les hausses de prix, suite à des taxes douanières maladroites, virevoltantes qui voient le café, les bananes et les locations s’envoler. C’était une autre promesse de campagne, baisser le coût de la vie, mais c’est le contraire qui se produit. Tout ce que le président touche n’est pas or. Il n’est pas sûr que les Suisses acceptent les conditions de la reddition. Et que manger du poulet au chlore et du bœuf augmenté, les incitent à accepter le diktat américain.

Dans le grand jeu des relations internationales, l’or peut-il régler tous les problèmes, aplanir les tensions, mettre fin aux guerres, donner une opportunité à la paix. Les considérations économiques n’ont jamais été absentes de la résolution des conflits, mais Trump y ajoute un art commercial qui touche au sublime. Mettre la main sur une partie de la fortune gelée des Russes, accéder aux richesses du sous-sol ukrainien, profiter de commandes dans un plan de reconstruction de l’Ukraine, tout cela témoigne d’un intérêt bien compris.

L’idolâtrie du président pour le veau d’or n'est pas nouvelle, la Trump Tower sur la Cinquième Avenue à New York en témoigne. Toute l’Amérique est-elle saisie par cette cupidité ? Bien sûr que non. Mais qui osera briser l’idole ?

L’or ne recouvre pas tout, ne résout pas tout, n’enchante pas tout. La lliberté, le courage, il y a des valeurs que quelques pièces d’or ne peuvent acheter.

C’est peut-être l’autre enjeu du mandat de Donald Trump. In fine, tout ne s’achète pas.

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Les lettres pour le dire